GARE AU GAROU

CINEMA

Idées, trouvailles visuelles, moyens financiers... Le réalisateur Patrick Tatopoulos tenait entre ses mains (ou celles de ses producteurs ?) tous les ingredients nécéssaires pour faire de ce Underworld 3 un chef d’oeuvre du cinema fantastique. Une sorte d’Alien néo-gothique, trash et moyen-ageux, un requiem de terreur, une référence pour amateurs de créatures épouvantables et autres odyssées mythologiques.

Il aurait pu, c’était à sa portée, et pourtant… Tatopoulos a fait de ce soulevement des lycans un vulgaire Blade en transylvannie. Un film d’action axé sur la lutte fratricide et congénitale opposant Vampires et Loups-Garou. Un bon concept, mais rythmé comme un clip, glauque comme un couloir de metro, et au final, pas beaucoup plus effrayant qu’une production Pixar. Dommage, d’autant que Sigourney Weaver reste encore aujourd’hui désespérément seule sur son segment de marché.


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Underworld 3 – Le Soulevement des Lycans, de Patrick Tatopoulos. M6 Interaction)

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QUANTUM OF SOLACE : LE BLUES DU GORILLE

CINEMA

Mais pourquoi personne ne se soucie-t-il donc jamais du sort des hommes de main et de leurs familles ?

Mon nom est 26… Numéro 26. Il y a de cela trente ou quarante ans, je suis né quelque part entre Kiev et Vladivostok, de l’union d’une mère prostituée et d’un père homme de main. J’avais à peine 9 ans lorsque j’ai compris que mon destin d’enfant de communiste ne laisserait que peu de place à l’imprévu : Comme mon assez peu illustre paternel et comme son père avant lui, j’allais devenir homme de main.

Il est vrai que dans la famille 26, au-delà de la mâchoire carré et du goût prononcé pour les filles vulgaires, se transmettait invariablement, de génération en génération, de morts violentes en morts violentes, de lunettes noires en pinces-monseigneur, ce besoin viscéral de vivre des larcins d'un autre. Manque d’ambition, peut-être. Mais un amour profond pour le travail bien fait.

Tout juste en âge de torturer mes premiers chiens errants, je sentais déjà, des tréfonds de mon petit treillis, qu’il me faudrait à mon tour assouvir ces pulsions de mort, cette loyauté aux forces du mal, et ces subites envies d’arracher des ongles… Autant de doux parfums qui de tous temps ont coulé à flot dans nos larges veines caucasiennes.

"... Consortiums de bandits et autres organisations criminelles..."

Meurtres de sang froid, trafics en tout genre, interrogatoires sanglants, courses poursuites en pleine ville, intimidation de témoins et plans démoniaques pour détruire le monde (Hahahahaaahaaaaaaaa…)… Tout cela alimente peut-être les fantasmes de vos jeunes sauvageons, mais relève surtout des innombrables clichés que charrie notre profession. Croyez-moi, le revers de la médaille n’est pas aussi reluisant…

Avant tout, nous autres, mafieux du monde entier, gorilles de tous poils, sommes des travailleurs précaires, malmenés par le dumping social et la mise en pièce des techniques artisanales. Les consortiums de bandits et autres organisations criminelles, lesquelles ne sont pas plus que les autres épargnés par la crise financière, ne nous offrent d’ailleurs ni couverture médicale, ni tickets resto.

Sous-payés, sans primes de risques ni logements de fonction autres que notre Lexus noire aux vitres fumées, nous ne sommes ni syndiqués, ni reconnus professionnellement. Il n’y en a que pour Daniel Craig, ses costumes taillés au millimètre et ses abdos en acier trempé. Non, nous autres, gueules burinées et mines patibulaires, éprouvons les pires difficultés pour régler chaque trimestre les frais de scolarité exorbitants de Boris et Tatiana. Le Gorille soviétique peinant plus que jamais à se faire sa place dans ce monde du tout payant, il a bien fallut se rendre à l’évidence et monnayer nos services auprès des plus offrants : Les studios de cinéma !

"... Me voici embauché sur le tournage de Quantum of Solace, le dernier James Bond."


De caïds à l’ancienne mode, nous sommes donc passés, contraints et forcés, à la figuration sur grands écrans. Là encore, je m’en tire peut-être mieux que les autres. Après m’être fait, à la force du poignet, une place enviable dans la garde rapprochée de Vladimir Poutine. Après avoir intégré les services secrets de sa majesté Bernard Madoff, me voici embauché sur le tournage de Quantum of Solace, le dernier James Bond.

Bregenz, en Autriche. Scène de nuit. Daniel Craig vient de fracasser deux ou trois de mes collègues, tranquillement, élégamment... Et bien le type qui finit balancé du toit par cette saloperie de bellâtre, c’est moi. Le type qui finit piteusement étalé sur le capot de la limousine de Matthieu Amalric, c’est encore moi ! Je m’en sort bien : 23 secondes d’apparition et mon nom au générique… Je m’en sort vraiment bien…

Car tous mes congénères n’ont pas cette chance. Bouffés par les requins, écrabouillés sous un tractopelle, ou plus classiquement atomisés dans une explosion nucléaire, ils sont nombreux, gorilles anonymes, qui en plus d’enchaîner les missions précaires enchaîneront les morts sordides et inaperçues. Le comble : Pas même un bouquet pour la veuve éplorée, pas même une compensation pour le costume Armani taillé en pièce pendant les cascades !

Ainsi, vous l'aurez compris, ce destin peu enviable est aussi celui qui m’a conduit, près de 22 ans après mon premier viol en réunion, et pas moins de 27 ans après ma première fusillade dans un entrepôt désaffecté, à fonder cette honorable association : l’A.M.S.E.H.M.L.F (Association Mondiale pour la Sauvegarde et l’Entraide des Hommes de Main et de Leurs Familles).

Une association, un acronyme, huit lettres et plus encore de raisons de se battre pour ceux qui, comme moi, vivent avec douleur leurs engagements auprès des mafieux les plus infâmes, trafiquants d’organes ou producteurs de blockbusters hollywoodiens.

Offrez vous une conscience, donnez à l’AMSEHMLF !


(Quantum of Solace, disponible en DVD et Blue Ray)
Photo D.R.
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LA POSSIBILITE DE 3 ILES

CINEMA, BD, LIVRES

Shutter Island était un roman. Shutter Island est une bande dessinée. Shutter Island sera bientôt un film. Shutter Island est donc un archipel. CQFD.


Publié en 2006 aux éditions Payot-Rivages, Shutter Island est d’abord l’œuvre majeure de l’écrivain américain Dennis Lehane, celui que l’on présente, sans doute par commodité commerciale, comme le père de Mystic River. Un raccourci qui s’explique peut-être par le fait que, bien que n’étant pas son meilleur livre, cet autre roman de Lehane avait enfanté un film merveilleux, dans lequel Sean Penn nous servait une prestation d’acteur autrement plus inspirée que lorsqu’il est en charge de décerner la récompense suprême d’un célèbre festival de cinéma. (Digression n°1)

Pour situer, Shutter Island est ce qu’il conviendrait d’appeler, pour la flanquer de termes empruntés au cinéma, un "thriller", un "drame psychologique" ou encore, un "policier fantastique". Trois étiquettes plutôt appropriées mais qui ont souvent la fâcheuse habitude de forcer l’auteur à faire un choix entre succès de librairie et respect des critiques. En France, du moins... Car Lehane n'est pas à plaindre. Il est Américain, fait parti des rares à ne pas avoir eu à choisir, et de toute manière, par essence, avoir le choix, c’est déjà un luxe. (Digression n°2)

Sur cette île, donc, nichée au large de Boston (la ville de Lehane) et soumise aux terribles et mémorables vents de 1954, les autorités médicales et pénitentiaires américaines ont eu l’idée irréprochable de bâtir un hôpital psychiatrique, un Asylum comme on dit là-bas… On n’a pas fait mieux depuis Alcatraz et Guantanamo, d’où cette suggestion : Raser les crêperies de l’île de Ré et y tourner un Thalassa hors série, spécialement intitulé « embruns marins et savonnettes »… (Digression n°3)

"... Une immense réussite, aussi bipolaire que ses protagonistes."

Dans le petit port de Shutter Island, par un matin tempétueux, débarquent deux officiers fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, chargés de mettre au clair une affaire de disparition : Rachel Solando, brune, la trentaine, est coupable d’avoir noyé ses trois enfants dans un étang et de les avoir ensuite installés autour d’un bon repas, comme si de rien n’était. Or, toujours comme si de rien n’était, cette mère modèle en plein déni aurait trouvé le moyen de s’échapper de sa cellule (sa chambre, pardon), de son unité, et même, peut-être, de son île enchantée. De là à ce que Véronique Courjault soit pressentie pour ce rôle dans une éventuelle adaptation française... (Digression n°4)

Décor posé, anxiogène, et plein de grisaille, l’île et ses occupants sont à la base d’une immense réussite, aussi bipolaire que ses protagonistes. Et Shutter Island, qui, comme chacun des bijoux littéraires de Lehane, se dégustait déjà à l’état de roman, s’est naturellement vu muter en une bande dessinée au teint aussi blafard que les cellules de la mystérieuse unité 3. La magie verdâtre du dessinateur Christian de Metter aurait en effet raison du scepticisme de quiconque ne voit la BD qu’au travers du ras des pâquerettes un peu kitch dont sont coutumiers nombres de poids lourds du secteur. L’expression « roman graphique » n’est pas qu’une pirouette de langage, les librairies regorgent désormais de trésors à bulles… (Digression n°5)

"Le danger, c'est le patron !"


Deuxième essai transformé, reste alors, pour l’îlot qui se veut archipel, à passer la dernière phase de la métamorphose. Leonardo Di Caprio, Mark Ruffalo (l’homme qui n’avait jamais dû lire un « livre » de Marc Levy avant d’accepter de jouer dans Et si c’était vrai ?) et le fabuleux Ben « Gandhi » Kingsley lui donneront donc corps au cinéma. Jusqu’ici rien d’anormal, seulement voilà : L’adaptation américaine a été confiée à Martin Scorcese. Aïe ! C’est officiel. C’est acté… Et ça pourrait être un drame ! Leonardo, sa voiture hybride, et sa fausse barbe implantée façon McNamara & Troy, n’est même pas en cause. Le danger, c’est le patron !(Digression n°6)

Car son univers claustro, ses atmosphères visuelles et olfactives, font la force de Dennis Lehane, tout comme sa capacité à substituer ses mots à nos yeux. En possession d'une matière première aussi efficace, il serait possible à n’importe quel cinéaste doté de quelques moyens financiers (et d'un tant soit peu de talent) de réaliser un bon film, voire un très bon film, pour peu qu’il s’attache à respecter un minimum le texte originel. Mais Scorcese n’est pas n’importe qui, et là est tout le problème : Un tel ego, lustré à longueur d’années dans les sens du sourcil, ne se contentera sans doute pas d’une adaptation respectueuse.

Que ceux qui sont capables de citer le titre du dernier bon film de Scorcese dorment sur les deux oreilles. Mais que les autres commencent à douter en attendant le mois d’octobre et la très inquiétante… Possibilité d’un bide !

Photo : 1 - S.I. la BD, Rivages-Casterman-Noir, D.R.
2 - Affiche provisoire du futur film, Allociné.
3 - S.I. le roman, Payot-rivages, D.R.
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LA B.O. DE MARTYRS EN TELECHARGEMENT GRATUIT

CINEMA, MUSIQUE

Après la sortie en DVD de son chef d'oeuvre...

Pascal Laugier, réalisateur français, remarqué pour son documentaire hargneux consacré à la mécanique de la censure (en bonus sur le DVD), et père du déjà culte Martyrs mets gratuitement à la disposition des internautes la Bande Originale de son film.

Composée par Alex et Willie Cortes, les frères du groupe Seppuku Paradigm, la bande son en question se révèle à l'image du film : Planante, oppressante, lancinante, aussi métallique qu'une injection de mercure en intraveineuse.

Disponible ci-contre : L'O.S.T de Martyrs mais aussi d'Eden Log, autre long-métrage français dont les deux Perpignanais signèrent la bande son.


Source : www.cinétrange.com
Photo: Martyrs O.M.P.S., D.R.
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MASSACRE A LA FRITEUSE

CINEMA

La censure, l’ignorance, la peur de regarder la vérité en face dans les médias traditionnels ont conduit Internet à se faire le porte-parole des causes perdues. Attirons donc l’attention sur les ravages causés par la surreprésentation cinématographique des gens du Nord sur la psyché d’une jeunesse DVDvore.

Psychologues et pédopsychiatres se penchent sur le cas de Félix, francilien de 15 ans, depuis de très longs mois. A les entendre, ils n’auraient pas encore tout tenté, mais se trouveraient bien seuls, dans leur impasse scientifique. En cause : Tout d’abord, l’immobilisme et le manque de moyens dont souffre la recherche française. Ensuite, le caractère particulièrement honteux que revêt la pathologie dont souffre le jeune homme dans ce monde de tolérance et d’amour. Enfin et surtout, l’obstination criminelle des producteurs, réalisateurs, distributeurs de films d’horreur et autres frères Dardenne, lesquels ont choisi de porter à l’écran la beauté d’un monde rustique et gouailleux.

Cette pathologie moderne, celle qui a récemment frappé le jeune Félix, les spécialistes lui ont trouvé un nom : La « chtite spongiforme ». Une référence à l’état spongieux du cerveau bovin atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob mais une réalité bien plus complexe. Car sous ce seul nom : Une même maladie, une même douleur, un même élément déclencheur, mais deux formes antagonistes et bien distinctes de la chtite.

"Le syndrome Patrick Sébastien"

Première forme, la plus connue et la plus fréquemment observée, touche d’abord les sujets entrés en contact direct ou indirect avec le long-métrage de Dany Boon. Chez ces patients, réceptifs, bienveillants, s’adonnant volontiers à une forme sévère d’empathie pour d’une population dite « accueillante et chaleureuse », on observe l’apparition d’une joyeuseconfusion entre les termes « populaire » et « populiste ». Cette confusion s’accompagne alors, dans l’immense majorité des cas, d’un sentiment de fierté excessive, décomplexée, assortie d’une rancœur profonde envers ce que ces patients appellent « l’élitisme parisien ». Une confusion que les médias, trop heureux de pouvoir se départir de cette image négative, n’auront fait qu’accroître, en accentuant les dégâts du bien connu « syndrome Patrick Sébastien »

Moins consensuelle et plus rare est la seconde forme de chtite spongiforme, celle dont est atteint Félix. Malade parmi d’autres, Félix X. pour ne pas le nommer, présente en effet, selon toute vraisemblance, les symptômes les plus profonds de cette maladie orpheline. Et l’histoire de ce tout jeune homme est édifiante.

Félix, trop jeune, n’a pas eu à subir le mythique Deliverance de John Boorman, un film américain de 1972 dans lequel des campeurs se retrouvent confrontés à l’horreur d’un monde rural et haineux. Certes, Félix aime les films d’horreur, mais ne leur voue pas pour autant une passion. Ses parents ne l’ont pas abreuvé, du moins pas intentionnellement, de films de genre. Tout juste l’auront-ils encouragé à se frayer un passage au milieu de ces centaines d’œuvres scandaleuses qui ont émaillé l’histoire du cinéma. Des précautions qui n’auront sans doute pas suffit…

Car, en cette froide soirée de décembre 2008, le jeune Félix, qui n’a jamais été capable de faire le tri dans ses références culturelles, patiente dans l’obscurité d’un bourg de l’Eure, guettant l’arrivée d’un convive à quelques pas du grand portail. Cerné par les sons inhabituels provenant de la forêt qui surplombe le patelin, il subit nerveusement, tanguant d’un pied sur l’autre. Après quelques minutes d’attente, l’impatience s’accentuant, ses yeux se trouvent soudain sollicités par des lumières de phares. Il se pense proche de la libération, se précipite vers ce qu’il croit alors être le véhicule qu’il est en charge d’aiguiller, malheureusement, tandis qu’il pense faire signe au conducteur, les deux faisceaux lumineux se dissocient tout à coup l’un de l’autre. Félix, sans pouvoir réagir, comprend tout juste d’où proviennent les bruits affreux qui accompagnent l’avancée de la lumière…


Deux mobylettes, roulant plein gaz vers lui, le frôlent littéralement. Les hurlements agressifs des pilotes couvrent de leurs aiguës le barouf des pots d’échappement débridés. Félix, pour la première fois de sa courte vie, se retrouve confronté à cette peur panique, dite du « Chti », premier et plus violent symptôme de la terrible affliction qui le touche. « Il en a tremblé pendant des jours » expliquera son père interloqué. « Pourtant, nous ne passions pas la soirée dans le Pas-de-Calais, mais à 70 km à l’ouest de Paris ! »

"Du seuil épidémique au seuil pandémique"

Croquemitaine moderne, le Chti, dans sa dimension mythologique, n’incarnerait donc que notre part obscure, que ce soit aux yeux de Félix ou aux yeux de tous ceux pour qui la phase d’incubation aura été la plus pénible. Nous sommes bien loin de la première forme de chtite, collective celle-là, qui coïncide avec cette longue période d’exposition au film de Dany Boon ainsi qu’avec la sortie récente du DVD, laquelle aura fait passer la Chtite spongiforme du seuil épidémique au seuil pandémique.

Non, dans ce cas précis, il s’agit bien de la figure fantasmée du Chti. Car, au-delà de cette pathologie du premier degré, l’abus de films d’horreur s’ajoutant, certains sujets, les plus atteints, sont passés, comme Félix, d’une phase d’empathie affective régressive à une répulsion phobique liée à toute forme d’évocation et de représentation chtie. Des films comme Sheitan, La colline a des yeux, Détour Mortel, Massacre à la Tronçonneuse, Turistas, Hostel I et II, ou encore un célèbre épisode de la série X-Files intitulé « la Ferme Rouge » ont été considérés comme des facteurs responsables du processus infectieux.

Faut-il encore discerner les trois aspects relevant de la représentation chtie. Tandis que ceux, patients du premier groupe, pour qui la maladie ne semble pas causer d’autres souffrances qu’intellectuelles, se représentent le Chti comme un personnage débonnaire, heureux, simple ou franchement lourdingue, ceux, comme Félix, pour qui il s’agit d’une figure narrative abstraite se réfèrent à la désormais célèbre banderole de supporters clamant :« Chomeurs, pédophiles, consanguins : Bienvenue chez les Chtis ! ».

"sur le terrain post-11 septembre du très fédérateur « Le-tiers-monde-nous-en-veut »"

Aussi, bien que les représentations cinématographiques aient souvent troqué la dimension pédophile contre une dimension nécrophile, les films d’épouvante ont grandement participé à la création d’une figure mythologique, moins liée à des critères géographiques qu’à des critères sociaux ou génétiques. Par exemple, le film « La colline à des yeux », exploite la thématique de la consanguinité, en créant, sous les traits de dégénérés nucléaires, ce qu’il convient d’appeler le "Chti d’Arizona".

Détour Mortel exploitant le même filon, Hostel ou Turistas s’aventurent davantage sur le terrain post-11 septembre du très fédérateur « Le-tiers-monde-nous-en-veut ». Dans ces divers cas, dégénérescences physiques et sociales sont intimement liées. Elles personnalisent le fantasme d’une communauté repliée sur elle-même, au propre comme au figuré, perpétuant l’horreur d’une société auto-régénérée retournant à l’état primitif et agressif de l’homme. Cette vision du Chti, au sens mythologique, constitue bien le cauchemar absolu de Félix et de tous ceux, touchés par cette forme violente de la maladie. Ceux-ci ne peuvent se résoudre à une vision bienveillante d’un monde sinistré, peuplé de corps et d’esprits sinistrés.

En l’état actuel des recherches, une seule certitude scientifique : La déclaration que le Président de la ligue de football avait formulée, en réponse à l’indignation suscitée par la fameuse banderole des supporters du PSG à l’encontre de leurs homologues Lensois, aurait constitué l’élément déclencheur de cette vague de phobie. En déclamant solennellement, la moustache en éveil, ce si poignant « Nous sommes tous des Chtis », Frédéric Thiriez allait bientôt conduire le jeune Félix à se faire interner dans le service spécialisé du célèbre pédopsychiatre, Marcel Ruffo. Une assimilation si terrible, qu’elle avait eu raison d’un patient trop jeune, et sans doute trop fragile.

Photo: Detour mortel 2, D.R.




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